C’est l’inquiétude qui prédomine aujourd’hui parmi les professionnels de la gestion. L’activité s’est très fortement contractée et déjà les chefs d’entreprise s’inquiètent sur la situation et leur capacité à faire face à leurs obligations à la fin du mois compte tenu d’une trésorerie très dégradée.

La mise en place de la période de confinement laisse désormais apparaître les premières tendances de comportement des entreprises en France. Beaucoup d’entre elles ont pris le parti d’une fermeture temporaire des locaux avec une mise en place de télétravail si celui-ci s’y prête et de chômage partiel en complément. Interrogés par Food&Coffee Markets, bon nombre de professionnels notent sur l’ensemble du territoire une chute spectaculaire de l’activité de l’ordre de 70 à 80% voire pour certains un quasi arrêt des tournées de leurs personnels. En effet, au delà des fermetures, c’est souvent l’accès aux automates qui est refusé par peur de faire entrer des personnes extérieures à l’entreprise d’une part, ou tout simplement la mise hors tension des automates afin d’éviter que les personnels s’y retrouvent d’autre part. « Nous sommes aujourd’hui confrontés à une incapacité à réaliser notre prestation faute d’avoir accès à nos automates car il s’est installé une crainte face aux machines par peur de transmission du virus sur les claviers de sélection… certains clients demandent également que les machines soient débranchées car elles sont de fabrication italienne « explique un gestionnaire lyonnais. Pour beaucoup de professionnels il faut renoncer à maintenir un niveau d’activité faute d’entreprises encore actives ou accessibles.

Restes néanmoins certains secteurs d’activité – comme la santé et les hôpitaux, la logistiques et certaines administrations – qui quant à eux sont malheureusement sous tension compte tenu de la situation et qui demandent instamment à pouvoir bénéficier d’une continuité de service. Lors d’une réunion téléphonique du Conseil d’administration Navsa étendu à des intervenants extérieurs dont la Rédaction du magazine Food&Coffee Markets, les principaux gestionnaires qui le composent ont tous constaté cette situation et expliqué que de fait ils avaient été amenés à prendre des mesures de réduction drastique de l’activité par recours au chômage partiel ainsi que les autres mesures mises en place par le Gouvernement. Pour autant, beaucoup se sont inquiété du fait que les procédures et solutions annoncées restent difficiles à mettre en place compte tenu du fait que les outils mis à dispositions restent aujourd’hui sous tension – le serveur de l’Agence de service et de paiement (ASP) accessible aux employeurs pour procéder à leur demande d’activité partielle fait face à un afflux exceptionnel qui a conduit à rendre le site inaccessible pour de nombreuses entreprises.

L’ensemble des professionnels de la gestion a lors de cette réunion exprimé ses interrogations quant au suivi des mesures et les procédures de remboursement de la part de l’Etat pour faire face aux obligations de fin de mois dans une situation de dégradation de la trésorerie de chacun . Une interrogation collective s’est également exprimée face à la nécessité de payer les redevances et pénalités contractuelles (entreprises publiques) compte tenu de la situation. Le Bureau Navsa est aujourd’hui en relation constante avec les différents organismes représentatifs pour faire remonter ses inquiétudes au Gouvernement compte tenu du fait que la DA fait partie des industries agro alimentaires jugées essentielles et devant poursuivre une continuité de service.

De manière très concrète le retour des professionnels face aux obligations de fournir les deux documents liés à la circulation des personnels pendant la période de confinement a été soulevée. Le Président Navsa Pierre Albrieux a rappelé que les personnels de gestion devaient quotidiennement remplir l’attestation de sortie de leur domicile en cochant la première case, ainsi que l’attestation de justificatif de déplacement professionnel (nom/prénom/ date de naissance/ adresse de domicile/ la mention « approvisionneur DA alimentaire » (pour les approvisionneurs) et pour les autres fonctions « contrôleur alimentaire » ou « gestion alimentaire » / lieu d’exercice de l’activité stipulant le/les départements / lieu : itinérant / moyen de déplacement véhicule avec le numéro deplaque d’immatriculation / la date du jour / cachet de l’employeur.

Durant les deux premiers jours peu de contrôles semblent avoir été effectués mais le Gouvernement va désormais les renforcer et vérifier la conformité des attestations à fournir. Dès lors il conviendra de se conformer aux demandes sous peine de se faire verbaliser.

Le Président Pierre Albrieux a émis des craintes lors de cette réunion téléphonique compte tenu des dernières déclaration des pouvoirs publics et notamment du Ministre de l’économie Bruno Lemaire « invitant les salariés des secteurs essentiels à se rendre au travail ». « Nous sommes aujourd’hui face au défis d’une continuité de la chaîne agro alimentaire » précise Pierre Albrieux qui note que  » le Gouvernement ayant assuré la garanti en cas de chômage partiel d’une couverture de 84% des salaires a peu être conduit les Français à vouloir rester chez eux « .

Cette crainte est peut être aujourd’hui fondée. Ainsi le Gouvernement entend pouvoir très rapidement pouvoir mettre en place des mesures exceptionnelles en légiférant sous le contrôle des deux chambres législatives par ordonnances. Il serait prévu la possibilité de décréter un état d’urgence sanitaire dans le projet de loi présenté ce jour, état d’urgence de 12 jours donnant pouvoir au Premier ministre de fixer par décret la liberté de déplacement, d’entreprendre, la réquisition de biens et services

En parallèle le projet de loi permettrait également de décréter un état d’urgence économique permettant au Gouvernement de procéder toujours par ordonnances des modification sur le droit du travail et de la sécurité sociale avec notamment des changement sur les conditions d’attribution des congés payés et des jours de repos ainsi que sur la réduction du contrat de travail. Cet état d’urgence économique pourrait permettre d’assouplir très fortement le droit des salariés face à de demandes de leur employeur en terme de prise de congés, de temps de repos… et ce sur les secteurs d’activité essentiels. La distribution automatique ayant été jugée essentielle par modification du décret de lundi, cela pourrait permettre aux gestionnaires de bénéficier de ces mesures.

La situation est aujourd’hui confuse et beaucoup de professionnels se trouvent souvent dépourvus face à la réaction des personnels comme des clients. La question de la continuité de service et l’adaptation des mesures proposées par les Pouvoirs publics restent aujourd’hui des questions centrales pour beaucoup de gestionnaires et notamment les petites structures d’indépendants qui craignent de ne pas pouvoir faire face à court terme à leurs obligations faute de trésorerie.