« Tirer les leçons de la crise et valoriser notre travail »

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Il est Président de la Fédération NAVSA mais c’est avant tout un gestionnaire. Pierre Albrieux nous confie comment il a comme tout ses confrères appréhendé la crise, ses actions et les réflexions qu’il en tire.

F&CM : Comment avez-vous abordé la logique de confinement ?

Pierre Albrieux : J’étais près dès le 28/02/20 ayant observé les évolutions en Italie. Je suis de nature très prévoyante, certains diraient même trop. J’avais déjà distribué les matériels de protection, affiches et consignes. J’avais également fait signer un document à tous mes salariés pour être en conformité avec mon obligation de sécurité. Après 43 ans de DA, homme de terrain et fier de le rester, j’ai pris immédiatement le commandement de la situation de crise 7 jours sur 7 dans le calme et la sérénité. Pour éviter de laisser des produits frais dans les DA au risque de ne point pouvoir les retirer, ce qui constitue une infraction pénale, j’avais stoppé le frais dès le 08/03/20. Cela m’a d’ailleurs permis d’éviter les gaspillages massifs et les pertes financières qui en découlent.

F&CM : Comment avez-vous passé cette période ? 

P.A. : Finalement très bien. Nous avions le privilège de circuler librement avec notre attestation permanente. Les deux premières semaines ont été consacrées à la mise en place du chômage partiel. J’ai fait une réunion le 17 mars à midi et tous mes salariés ont été volontaires pour travailler partiellement. Ainsi, avec mon responsable d’exploitation (que j’ai formé à mes techniques depuis 22 ans), nous avons décidé de travailler 5h les lundi/mercredi/vendredi sauf pour des tournées ne nécessitant plus autant d’heures. Le mardi et le jeudi nous assurions la permanence technique mais tout le monde était à la maison. Cela était sur-dimensionné par rapport à l’activité ( 15h de travail et 20h de chômage par semaine ), mais dans mon plan de continuité j’ai estimé que je devais avoir de la marge si toutefois mon équipe était frappée par le Covid 19. Comme on annonçait la saturation des réseaux téléphoniques et internet, nous avions un code de secours : « en cas d’impossibilité de communiquer, quoi qu’il advienne nous devions nous retrouver à midi le lundi, mercredi, vendredi. Le fait d’alterner travail et inactivité permettait de moins exposer mes salariés et ce d’autant que certains travaillaient en zone Covid 19 dans les établissements de santé. Nous avons travaillé très soudés et comme toujours, j’étais présent sur le terrain avec mes équipes. J’ai toujours été un homme de terrain et j’ai gardé l’expertise technique sachant dépanner 99% des problèmes DA même si j’ai fait 6 ans d’études supérieures de droit !! Nous avons très vite pensé à la reprise en prévoyant les protocoles, les produits et en préparant  les matériels pour les installations  qui n’ont pas pu être faites pendant le confinement.

F&CM : Que vous a appris cette crise sanitaire ?

P.A. : Que j’avais raison d’avoir une trésorerie solide même si certains confrères me taquinaient sur ce point avant la crise en considérant que la trésorerie ne rapporte pas d’argent. Cette crise m’a confirmé que malgré tout l’homme restera toujours un loup pour l’homme. Certains confrères profitant ainsi de la situation pour piquer des postes à d’autres. Globalement, notre métier nous préparait très bien à cette crise car nous avons l’habitude de gérer au quotidien l’urgence du service et les demandes clients. Le fait que je n’ai jamais été déconnecté du terrain à été un atout pour moi…Il faut rester humble . Nous ne sommes pas des capitaines d’industrie mais les épiciers des temps modernes.

F&CM : Comment abordez-vous le déconfinement ?

P.A. : Toujours dans le calme. Nous avons conscience que nos clients vont redevenir exigeants alors que ceux qui travaillaient pendant le confinement était adorables. Nous traiterons peu à peu les problèmes. Nous avons fait des formations en interne sur la technique de reprise ( pour nos approvisionneurs et techniciens). Nous y arriverons car nous y sommes toujours arrivés !!!

F&CM : Selon vous les consommateurs et les clients sont-ils prêts à retourner aux machines ?

P.A. : Franchement oui, tout cela se calmera et rentrera dans l’ordre. Il faut les rassurer et leur dire que nous serons toujours là pour leur apporter du plaisir. Ils pourront être nos alliés contre des Directions qui ont choisi la facilité en condamnant un peu vite nos appareils.

F&CM : Quelles sont vos prévisions d’activité d’ici la fin de l’année ?

P.A. : Sur ce point, j’avoue être dans le brouillard. J’ai la hantise d’une seconde vague de la pandémie. Un de mes confrères important, bien plus armé que moi à faire des prévisions m’a confié que dans 6 mois nous n’aurons pas plus de 75% de notre CA avant crise. Ce qui m’inquiète le plus est le maintien du télétravail. Ce télétravail pourrait aussi perdurer à terme. Heureusement, certains ont pété un câble à domicile et voudront vite revenir travailler en entreprise où nous les attendrons avec un bon café. Je veux rester optimiste et espérer que tous nous tirerons les leçons de la crise : VALORISER  NOTRE TRAVAIL. Mais sur ce point, je crains que le naturel de l’irraisonnable depuis des décennies dans la DA, chassé par la pandémie ne  revienne au galop !!!