Erwan Chany a, comme ses confrères, subi la crise sanitaire de plein fouet. Son discours reste simple… il faut regagner les niveaux de consommation autant que faire se peut. Pour lui la fin de l’année sera avant tout centrée sur le fait de retrouver les niveaux de consommation propres à la DA en entreprise.

F&CM : Comment avez-vous abordé la logique de confinement ?

Erwan Chagny : Je crois que nous avons été confrontés comme la grande majorité des professionnels de la distribution automatique à la soudaineté de l’arrêt de l’activité. En moins de deux jours nous avons « perdu » un niveau de consommations important compte tenu du fait de l’arrêt rapide de l’activité de nos sites qui un à un, ont cessé l’activité et sont rentrés en confinement rapide et de manière désordonnée. Ces derniers ont non seulement demandé à leurs collaborateurs de rester chez eux et ont refusé pour la plupart l’accès aux automates. La guerre a cessé faute de combattants ! Très vite, dès le retour des tournées habituelles, nous avons tiré un bilan et constaté l’impossibilité de continuer une conduite de l’activité traditionnelle. Il donc fallu nous adapter et réorganiser la conduite de l’activité. J’ai immédiatement eu recours aux mesures de chômage partiel des équipes d’Ador afin de préserver l’intégrité de la société. Ce fut brusque et dans une certaine mesure, violent mais nous étions dans l’urgence compte tenu de la situation.  

F&CM : Comment avez-vous passé cette période ?

E.C : Avec pragmatisme. Les premières semaines ont été difficiles car la situation était inouïe et les développements devaient être adaptés au jour le jour. Mais compte tenu de l’ampleur de la crise, du peu d’activité en résultant nous avons maintenu une tournée et demie sur la dizaine existante dans le pire de la crise. J’ai assuré une permanence. Nous avons eu la chance de bénéficier de la continuité de l’activité de certains clients. Nous avons enregistré un maintien de l’activité à 58% du CA en mars, 38% en Avril. Nous remontons à mon sens à 60% en Mai et je crois que nous ne sommes pas les pires à plaindre. Il a fallu faire face et trouver des alternatives quitte à improviser en cherchant à répondre présents par un maintien de l’activité auprès des clients restant ouverts et comptant sur Ador. C’était une nécessité et un impératif de solidarité. Nous avons par ailleurs obtenu le PGE afin de nous préparer à la reprise. Nous avons aussi dû jeter les produits et la quasi-totalité des ventes pendant cette période, s’est axée sur le café et les boissons chaudes.

F&CM : Que vous a appris cette crise sanitaire ?

E.C : La première chose reste qu’en tant professionnel du vending, nous restons étroitement dépendants du niveau d’activité de nos clients et des personnes présentes sur les lieux de consommation où sont implantés nos automates. C’est une évidence mais avec l’arrêt décidé par les pouvoirs publics, nous avons encore une fois subit un évènement dont le caractère comme la cause sont décorrélés de l’activité. En 20 ans nous avons dû affronter les 35 heures, la hausse du taux de TVA, la taxe sucre, l’interdiction de la DA dans les écoles. A chaque fois nous avons dû faire face à un impact des consommations à la baisse sans pour autant avoir démérité dans notre quotidien. Aujourd’hui le Covid, demain le gobelet plastique, la pression sur les produits sains et l’équilibre nutritionnel, le télétravail… il devient de plus en plus difficile de rentabiliser l’activité. Je ne suis pas dans la critique mais à chaque fois nous constatons que les mesures et les sujets font irruption dans notre quotidien sans aucune logique, aucune préparation ce qui dénote d’une gestion au jour le jour et d’une méthode empirique qui nous laisse bien seuls face aux clients. Pour autant, je tiens quand même à rester positif car la crise m’a conforté dans le fait qu’Ador bénéficie d’une équipe stable et de collaborateurs engagés et j’entends les remercier pour leur écoute et leur compréhension pendant ces moments difficiles. 

F&CM : Comment abordez-vous le déconfinement ?

E.C : Nous cherchons avant tout à reprendre contact avec nos clients qui pour certains n’avaient pas donné de signe de vie. Nous devons faire face à des craintes et de refus de ré-ouvrir les salles de pauses ou les automates de trouvent. Malgré le protocole national de déconfinement qui stipule l’accès aux machines dans un respect des gestes barrière, certaines professions nous opposent des circulaires de branches qui stipulent encore le maintien des machines à l’arrêt. C’est déplorable. Je peux comprendre que dans les premiers jours il y ait des craintes voire d’autres urgences à gérer que la remise en route des machines mais certaines directions ne jouent pas le jeu. C’est paradoxal de voir certaines industries réclamer des mesures rapides et un soutien solidaire de l’état pour relancer l’activité et sauver l’emploi alors qu’en même temps, elles ne le font pas avec leurs propres prestataires sous prétexte de précaution sanitaire voire d’une volonté de ne pas prendre de risque en termes de responsabilité en cas de contamination sur le lieu de travail. 

F&CM : Quelles sont vos prévisions d’activité d’ici la fin de l’année ?

E.C : Nous seront impactés et espérons une reprise réelle pour la rentrée de septembre. D’ici là il nous incombe de chercher à retrouver une intégrité sur le parc machine via les réouvertures de sites d’une part et le retour d’une partie importante des consommateurs sur leurs lieux de travail. Compte tenu de la baisse de l’activité nous allons rester très prudents en termes de développement et d’investissements en décalant peut-être les projets. Je crois que nous devrons nous réinventer ou du moins que cette crise va changer des habitudes. Les paiements dématérialisés comme le paiement par carte bancaire vont à mon sens se développer. Les consommateurs vont surement être également plus enclins à utiliser leurs smartphones pour commander. Il reste aujourd’hui plus de questions que de certitudes.

Les prochains mois nous diront ce que cette crise et ses conséquences vont avoir sur la consommation à la machine et si les besoins des consommateurs vont évoluer. Je constate que les boissons chaudes et le café restent la demande principale en distribution automatique. Nous restons concentrés sur une reprise de l’activité et sur la reconquête des consommateurs.