Pandemie, télétravail, transition écologique… les sujets et alertes se sont succédés ces derniers mois pour la Fédération NAVSA. Pour Diane Thomas et Yoann Chuffart la période a été plus qu’éprouvante. Les deux délégués généraux se sont portés au service des adhérents et non adhérents de la Fédération et ont mené un combat quasi quotidien en collaboration avec les membres du Bureau et leur Président, pour porter la parole du syndicat. Ils reviennent sur le rôle de la Fédération pendant la crise mais encore plus au travers des futurs combats. 

Food&Coffee Markets : La pandémie de « covid-19 » a bouleversé le quotidien des professionnels et a mobilisé fortement la Fédération. Comment avez-vous vécu ces derniers mois ?

Diane Thomas : La crise que nous traversons a été tout aussi éprouvante pour la Fédération que pour les entreprises qu’elle représente : le dialogue avec les autorités administratives et politiques a vite pris la forme d’un combat quotidien. L’enjeu pour NAVSA a été, et est encore, d’affirmer la légitimité de son discours dans un contexte où tous les secteurs de l’économie nationale en ont appelé à l’Etat pour pouvoir affronter la crise. Dans ce concert de sollicitations, l’Etat doit arbitrer et il faut donc « faire sa place », parler haut et fort pour espérer être entendu et surtout, écouté. La crise a eu cela de bon qu’elle a rappelé à l’Etat le rôle crucial de ce que l’on appelle de manière un peu obscure les « corps intermédiaires », parmi lesquels les organisations professionnelles. Pour les autorités, nous avons clairement été un interlocuteur identifié, un relai, pour s’adresser aux acteurs économiques : il faut espérer que cela dure.

F&CM : Quels ont été concrètement les mesures fortes déployées et les résultats obtenus ?

Yoann Chuffart : D’abord, il est important de rappeler que dès le 15 mars, NAVSA a obtenu du ministère de l’Economie que la vente par automates intègre la liste des activités autorisées (arrêté du 15 mars 2020 complétant l’arrêté du 14 mars 2020, puis décret n°2020-293 du 23 mars 2020). La D.A a donc pu répondre présente partout où l’on avait besoin d’elle. Ensuite, face à la prolifération des « condamnations » de nos machines partout en France dans les entreprises et dans les lieux publics ou ouverts au public, NAVSA a entamé d’âpres négociations avec le cabinet de la Secrétaire d’Etat Agnès Pannier-Runacher et obtenu que, dans le « plan national de déconfinement » paru le 3 mai, l’accès au distributeur soit le principe et l’interdiction d’accès l’exception (principe repris depuis dans toutes les révisions du « plan »). A cela s’ajoute que, dans le courant du mois de mai, alors que les « fiches-métier » avaient fait florès et qu’une quinzaine d’entre elles supprimaient l’accès aux machines et préconisaient la fermeture des salles et lieux de pause, NAVSA a convaincu le ministère du Travail de réviser toutes les fiches problématiques en gommant la référence aux distributeurs de boissons et encas ou en reprenant le principe d’accès dans le respect des « gestes barrières » posé dans le protocole national. D’autres actions ont été conduites avec succès, qui ont permis d’améliorer autant que possible le quotidien de nos entreprises. Enfin, avec l’été est venue la négociation sur le plan de relance de l’économie nationale. NAVSA a été très active auprès des pouvoirs publics, en étroite collaboration avec la Confédération du Commerce de Gros et International (CGI) à laquelle nous adhérons, pour que soit prise en compte la situation sinistrée du secteur. Mais l’Etat s’est montré de plus en plus inflexible à mesure que les demandes ont afflué… Nous avons tout de même obtenu, grâce à une action commune menée par la CGI, que le dossier remonte à Matignon pour être arbitré. Le Gouvernement a toutes les cartes en mains et la Distribution automatique est dans les papiers qui lui ont été remis à la fin du mois de juillet…

F&CM : Comment abordez-vous la rentrée de septembre ?

Diane Thomas : Le pire est devant nous. Le Ministre de l’Economie l’a affirmé en juillet, de même que les instances internationales économiques et financières. L’évolution de la situation sanitaire en France et plus généralement, en Europe, ne laisse rien présager de bon. Il est certain qu’un « retour à la normale » en 2020 est inenvisageable pour le secteur, particulièrement éprouvé et en proie à de nouvelles difficultés à venir. La recommandation du télétravail à la rentrée et la possibilité laissée aux autorités locales de le renforcer en fonction de l’évolution de la situation sanitaire va assurément compliquer la reprise de l’activité. De même, l’imposition de règles sanitaires plus strictes après que le Gouvernement a constaté un certain « relâchement » de la part de la population française ne va pas dans le bon sens pour les gestionnaires, qui risquent d’être confrontés à une nouvelle « crispation » de la part de certains de leurs clients. Il faut en outre considérer que des « reconfinements » locaux induiront de nouveaux problèmes, parmi lesquels d’éventuelles situations de distorsion de concurrence, voire la survenue de pratiques déloyales, sans même parler des difficultés administratives : en effet, il convient de rappeler que les dispositifs d’aide ont été élaborés suivant une logique sectorielle, or des « reconfinements » locaux vont engendrer des disparités de situation au sein d’un même secteur… Comment, dès lors, prendre en charge efficacement les entreprises qui en auront besoin ? C’est un problème sur lequel NAVSA se penche, en attirant d’abord l’attention des autorités sur cet « angle mort » de la stratégie gouvernementale…

F&CM : Quels enseignements tirez-vous de cette gestion de crise ?

Yoann Chuffart : Le principal enseignement que nous tirons de la gestion de cette crise est qu’une profession unie et solidaire se défend mieux parce que sa voix porte davantage. C’est pourquoi nous avons décidé, dès le début du confinement, par solidarité, d’offrir nos services, notre aide et, plus généralement, notre accompagnement aux entreprises non adhérentes comme aux adhérents. A la suite de cet élan de solidarité, il semble qu’un « déclic » ait eu lieu et que de nombreuses entreprises aient réalisé l’importance d’adhérer à une organisation professionnelle… 

– Cette pandémie n’a-t-elle pas mis en exergue la nécessité d’un syndicat fort et pro-actif ?

Diane & Yoann : Assurément. Une organisation professionnelle a pour vocation de se battre pour la défense des entreprises qu’elle représente et il ne peut en être autrement. Aujourd’hui, plus que jamais, NAVSA est au front comme elle l’a été l’an dernier lors de la crise du gobelet. On ne peut pas prétendre faire des « affaires publiques » tout en rasant les murs : désormais, la Fédération entend jouer pleinement son rôle institutionnel. Il y a évidemment des coups à prendre, mais cela ne doit pas nous effrayer car nous avons le devoir de nous battre pour nos entreprises : tous les moyens doivent être mis en œuvre pour faire entendre la voix du secteur et, quel que soit le résultat de notre action, nous pourrons être fiers d’avoir honoré la mission qui nous a été confiée par nos adhérents. C’est avec un esprit combattif que NAVSA agit aujourd’hui et entend agir demain. 

– Plus généralement quels sont les sujets sur lesquels la Fédération entend agir dans les prochaines semaines ?

Le plan de relance de l’économie nationale, qui devait être présenté le 25 août par le Premier Ministre sera le principal sujet de préoccupation avec, évidemment, l’évolution de la situation sanitaire et les éventuelles mesures gouvernementales pour y répondre. A la rentrée, nous allons également voir arriver le projet de loi transposant la plupart des propositions issues du travail de la Convention citoyenne sur le climat : nous savons d’ores et déjà que les difficultés vont aller croissant puisque l’écologie est un sujet « hystérisé » qui ne se prête plus à un véritable débat : en somme, il faut être « pour » ou « contre », toute nuance suffisant à vous désigner comme un « anti ». Nous pensons qu’il ne faut pas opposer « économie » et « écologie » et que le réalisme impose de concilier les deux. Nous avons alerté nos adhérents : les « conventionnels » ont émis des propositions qui feraient presque passer notre ancienne ministre pour une modérée…

– Quel message entendez-vous adresser aux professionnels non encore adhérents à NAVSA ?

Après avoir ouvert les portes de la Fédération aux non adhérents jusqu’au mois de septembre pour répondre à toutes les demandes, nous espérons avoir fait passer un message clair : NAVSA est votre organisation professionnelle et en tant que telle, elle fait ce que ni vous, ni votre groupement ne peuvent et ne pourront jamais faire, à savoir nouer le dialogue institutionnel pour la défense de vos intérêts. En France, 80% des entreprises n’adhèrent à aucune organisation professionnelle : la crise a encore eu cela de bon qu’elle a donné à voir aux acteurs économiques toute l’importance d’être représentés auprès des pouvoirs publics. Une Fédération, c’est la voix d’une profession. Sans fédération, vous n’avez pas l’oreille des pouvoirs publics. Sans fédération, vous êtes invisible. Avec qui les autorités ont dialogué durant toute la crise depuis le mois de mars pour connaître l’état économique du pays et réfléchir aux solutions à apporter pour éviter une catastrophe ? Avec les organisations professionnelles, qui étaient toutes autour de la table au sein de la cellule de crise mise en place à Bercy ! Et il ne peut en être autrement : les fédérations font partie intégrante du paysage institutionnel, en France comme ailleurs, et s’intègrent pleinement dans le processus démocratique en apportant aux pouvoirs publics un éclairage professionnel sur les sujets qui sont les leurs afin que les acteurs économiques évoluent dans un cadre propice à leur activité. Rappelons une chose fondamentale : NAVSA existe grâce à ses adhérents qui s’acquittent d’une cotisation, et ce sont les cotisations seules qui forment le budget de l’organisation ; en d’autres termes, si la Fédération a volontiers fait preuve de solidarité depuis le mois de mars, elle ne saurait malheureusement en vivre… Pour 2021, nous espérons donc que l’effort consenti par NAVSA durant la crise puisse se traduire par l’adhésion de l’ensemble des acteurs du secteur.

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